Des peupliers en vallée de Barèges

, par  agnouede , popularité : 31%

De nombreux voyageurs au XIXe siècle tout en sacrifiant au récit romantique peignent le meme paysage à leur arrivée dans la vallée. Ils soulignent l’omniprésence du peuplier.
Autour de 1884, Perret écrit : « Nous allons à Luz et nous passons [un pont] pour entrer dans une belle avenue de peupliers. ». Plus loin, Perret insiste sur la verdoyance des prairies et la hauteur des arbres en bordure de la route principale. La verdure y est d’une opulence extraordinaire ; les arbres, surtout les peupliers, y atteignent des proportions colossales. Les plus beaux sont ceux qui bordent la route conduisant de Luz à St Sauveur.
Leclercq, en villégiature, dans les Pyrénées décrit son arrivée dans la vallée de Luz : « Je me trouvai de nouveau au milieu dune verte oasis, coupée par des allées de peupliers par des ruisseaux au doux murmure. .
Chamberaud, dans son guide, donne une image identique : Une plaine immense semée de peupliers d’Italie ; le Gave la traverse.Puis on arrive à Luz entre une double haie de peupliers formant une admirable avenue.


Paris, Edouard, lithographie Thierry, BM Toulouse autour de 1840-1850

Les lithographies soulignent la régularité des haies, la hauteur altière des peupliers de part et d’autre de la vallée comme chez Edouard Ou bien, chez Jacottet dans Fabrique de Barèges, l’amorce de la route vers Esterre est jalonnée d’arbres. Chez Victor Petit, une vue sur le Bergons depuis Vizos pigmente les avenues de petits traits censés représentés les peupliers.


Jacottet lithographie , BM Toulouse autour de 1840-1850

Ce paysage de culture intensive n’échappe pas non plus aux photographes qui découvrent la vallée comme Boulange dans les années 1887. Le cliché présenté montre l’extreme parcellisation des terres cultivées, la présence de peupliers en bordure des petites propriétés.

Boulange 1887
Boulange 1887

Trutat le naturaliste, géologue, directeur du Muséum d’histoire naturelle de Toulouse, puisl’ingénieur Harlé dont les collections sont déposées au Muséum de Bordeaux témoignent de la persistance de ce paysage au début du XXe siècle. Dans le cliché ci-dessous, on distingue sans difficulté la route du pont de Luz, celle de Pescadère à Sère.

Coll Harlé, musée Pyrénéen
Coll Harlé, musée Pyrénéen

D’après Métailié, dans le rapport La vallée aux catastrophes, Ce qui émerge du paysage du début de ce siècle c’est plutot la vision d’un espace agro-pastoral intensif sans une parcelle inutilisée scandé par les grandes haies de peupliers d’Italie et un bocage soigneusement émondé. .

Dans les délibérations de Luz on trouve l’origine des haies de peupliers dans la vallée.
Le motif évoqué par le premier consul Fran�ois Etienne Peyrefitte en septembre 1764 est la conservation des bois et des forets. Cela revient aux magistrats charg�s de veiller au bien public � de tout temps �. Les consuls veillent en �dictant des ordonnances, des r�glements aux besoins en chauffage et construction des particuliers. Mais aussi pour leur s�curit� : � les habitants risquaient de perdre la vie soit dans les chemins soit dans plusieurs maisons et granges par les avalanches et par la chute des rochers que l’on ne pourrait emp�cher que par la conservation des bois. ». Un constat de d�gradation est dress� malgr� les diff�rents d�crets des autorit�s comme le Mar�chal Richelieu venu faire usage des eaux de Bar�ges. L’heure est grave, plusieurs articles sont r�dig�s par endiguer le d�sastre. Le premier pr�cise que tous les bois seront v�t�s, c’est-�-dire interdit au pacage, aux coupes sauf avis contraire. Certains quartiers seront d�di�s au chauffage ou charbon de bois et d’autres � la construction sur des p�riodes de deux ans. D’autres seront consacr�s � � l’augmentation de bois � et leurs propri�taires seront tenus « chaque ann�e de semer des feines et autres semences d’arbres analogues � la nature du terrain notamment pr�s du pont de lus appartenant � la vall�e, pour laquelle il sera pareillement plant� les arbres en forme d’all�e ». Vint six articles d�taillent l’ordonnance. Les ch�vres sont d�sign�es comme nuisibles, aussi ne pourra-t-on en poss�der qu’une. La coupe des arbres sera soumise aux plantations r�alis�es d’au moins deux ans. La v�tation est �tendue aux � deux gorges qui m�nent � Barege et en Espaigne�. Les fours � chaux sont prohib�s : � Il sera interdit � qui que ce soit d’en construire et faire br�ler que sur notre permission �. Les feux et les fosses pour le charbonnage sont interdits � que de soleil � soleil �, autrement dit sont autoris�s en plein jour. Sept garde bois seront charg�s de faire respecter cette ordonnance de 1764 : trois pour le vic du plan et Esterre, deux garde bois pour les bois du vis de Labatsus , un pour Darrelaigue , un pour vic Debat. Les gardes pr�teront serment et feront une tourn�e journali�re. Leur uniforme sera � d’�toffe bleue , bord� de deux cot�s d’un petit gatou blanc de fil� , ils porteront une bandouli�re. Il sera interdit de leur r�sister, de les insulter, de troubler leurs fonctions. Un tiers des sommes collect�es seront vers�es � � l’hospital de Lus �.

Coll Harlé, musée Pyrénéen
Coll Harlé, musée Pyrénéen

En 1785, c’est l��v�que de Tarbes qui tire la sonnette d’alarme et �crit aux consuls et leur reproche leur n�gligence. En effet, malgr� diff�rents arr�ts (14 f�vier 1688 et 27 mars 1781), la d�vastation gagne. Selon l��v�que ce laisser-aller forcerait � les habitants � d�serter la vall�e par d�faut de bois et � priver l’humanit� de secours qu’elle trouve dans l’usage de nos eaux min�rales �. Suite � cette admonestation, les consuls remercient l��v�que de sa � bont� �et d�cident de s�vir � nouveau. Lacrampe premier consul de Luz d�cide avec ses homologues de prohiber certains bois et d’en d�signer d’autres � en augmentation�.

Pour le vic du plan, les for�ts� de Buala et de la Lairiee � [Ayr�] ainsi que celui de � Gerbe Sabine � [Arripeyre = Ripeyre] , de Hau au-dessus de Vizos seront et demeureront prohib� et v�t� �, on d�signe en augmentation de bois pour le vic le quartier appel� la Coste au-dessus du village de Villenave et la Soula contigu� ainsi que le terrain juch� de Saint Pierre et la montagne appel�e de Sardey . Dans ce quartier sera sem� faines (semis de h�tre)et glands et plant� des arbres analogues � la nature du terrain au nombre de dix par feu . Pour le vic de Darrelaigue seront prohib�s les bois de Laze, d� ? Ubague et Garbourine [Garborisse]. (?�). Pour le vic Debat (.) ce sera le quartier appel� Pouey dera Moule appartenant � Saligos et pour Viscos, le bois de Barbagas, Larout de Miga�l et Arpadoux [Arpadon, Arpadous].Pour Ch�ze, la v�tation des bois Mindetra et Arrouye sera effective. Pour le vic de Labatsus, le bois Douss� [Ousset].au-dessus de Viella, Hougarole dans Labat de Sers ainsi que le Trouguet .Les consuls pr�cisent �galement leur volont� de prolonger les plantations d�j� existantes pr�s du pont de Luz : « A �t� arr�t� que sera plant� d’arbre en forme d’allaye � la place Marcarale au-del� du pont de Luz en cons�quence que les dit arbres seront des freines ou peupliers�.

Dans un clich� de Trutat du d�but du si�cle, on voit le succ�s des plantations initi�es pr�s de cent ans plus t�t. Un des arbres d�truit m�me le muret d�limitant les propri�t�s. Le choix du peuplier a �t� judicieux. Les arbres ont une croissance rapide. Ils produisent du bois de qualit� au bout d’un laps de temps court (15 ou 20 ans). Cet arbre devient m�me un symbole pour la vall�e au m�me titre que la brebis ou la vache figurant l’�levage. On le retrouve de fa�on anecdotique au blason de la commune dans les ann�es 1950, un peuplier d’or en voie de disparition �

Coll Trutat, BM Toulouse. Route du pont de Luz

Aujourd’hui, dans la vallée de Luz, les cultures bordées de peupliers ont laissé place aux prairies et aux maisons individuelles. De grands peupliers noirs vieillissants dépérissent le long de la route de Sère. Quelques spécimens subsistent le long du stade. La disparition du paysage des peupliers symbolise bel et bien la fin à de la dizette du bois pour la vallée.

Bibliographie :

Les Pyrénées françaises. Le Pays basque et la Basse-Navarre / Paul Perret ; ill. de E. Sadoux . 1881-1884,p.18.

Promenades dans les Pyrénées [Texte imprimé] / par Jules Leclercq... 1888

Guide spécial de la vallée de Luz, Saint-Sauveur, Barèges, Gavarnie, Héas... / par L. Chamberaud.1896

Paris, Edouard, lithographie Thierry, BM Toulouse autour de 1840-1850

Jacottet. BM Toulouse

Victor Petit. BM Toulouse Autour de 1850

Coll Trutat, BM Toulouse

La Vallée aux catastrophes. Ministère de l’environnement Service de la recherche, des études et du traitement de l’information sur l’environnement Neuilly-sur-Seine FRA (Commanditaire) ; Universitéde Toulouse 2 Centre interdisciplinaire de recherches sur les milieux naturels et l’aménagement rural Toulouse FRA ; CNRS Milieux naturels et aménagement rural Toulouse FRA ; Institut de géographie Daniel Faucher Toulouse FRA. 1993^.p.90.

Diagnostic Habitat et foncier des vallées des gaves, Syndicat Mixte des Vallées des Gaves

http://www.crpf-midi-pyrenees.com/datas/pdf/Fdf_mp.pdf

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