2� Rencontres Pyrénéennes « Droit sur le sol, usage des herbes et semi-libert� du b�tail : un syst�me pastoral original ».

, par  agnouede , popularité : 28%

D�sormais [les actes II du colloque de 2012 -http://aspp65.com/index.php/rencontres-pyreneennes-2012-aspp65/rencontres-pyreneennes-2012/rencontres-2012-1/ sont en ligne en vid�o conf�rence sur ce site.

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Un article paru sur Lourdes Info de Louis Dollo

"Une des originalit�s des syst�mes pastoraux pyr�n�ens est la dissociation entre propri�t� ou droit du sol et usage des herbes, elle est directement li�e � une autre originalit� dans la fa�on de conduire les troupeaux : la notion de semi-libert� du b�tail, qui peut parfois devenir libert� totale sous simple surveillance ponctuelle. La pratique de la compascuit� (usage commun du m�me p�turage) est centrale dans ce processus.

A l� ??Ouest de la cha�ne, un exemple extr�me de cette situation n� ??est que la version la plus pure d� ??une situation g�n�rale modul�e sur tout le massif selon diff�rents param�tres qui viennent plus ou moins la contraindre. Versant fran�ais, dans la province du Labourd, la commune d� ??Itxassou a des droits de compascuit� sur le territoire espagnole du Baztan, en Navarre. Sur toute la cha�ne de tels droits sont r�gis par les trait�s de lies et passeries (1). Au Baztan, les conditions ont �t� une nouvelle fois fix�es en 1820 (2) : « Les brebis du Baztan sont libres de p�turer ici jusqu� ??� la montagne du Mondarrain, celles d� ??Itxassou l�-bas sur la m�me distance, de soleil � soleil, ensuite chacun r�cup�re ses troupeaux. L� ??on sort des bordes les vaches et les juments, qui peuvent aller � leur guise de jour comme de nuit. »

A leur guise pour le gros b�tail, c� ??est tout dire ! Pour les brebis, sch�ma classique de la compascuit� : de soleil � soleil, c� ??est � dire de jour, pas de nuit. Mais en 1847 les Navarrais refusent que les bergers du versant fran�ais accompagnent leurs brebis au-del� de la fronti�re. Comme le signale l� ??auteur de cet article : « Les vall�ens navarrais r�affirment ainsi leur souverainet� sur les versants et les cols », c� ??est bien la propri�t� du sol qui est concern�e. Une proc�dure sera mise en � ?uvre pour arriver � un nouveau pacte. Elle se conclura � la fin des ann�es 1860 par « un accord oral sur le libre parcours des brebis, sans berger permanent ».

On ne peut mieux montrer deux choses : les hommes se r�partissent le sol de fa�on indiscutable, et pour marquer cette possession l� ??interdit devient extr�me puisque la pr�sence des bergers est interdite sur ce sol, ils ne peuvent faire qu� ??un aller-retour pour r�cup�rer leurs b�tes. Les brebis par contre, qui se moquent royalement de ces fronti�res et des conflits humains, n� ??ont pas � en payer la note, elles sont totalement libres de profiter des herbes ! La dissociation herbe et sol, b�tes et surveillants, est totale. Sans atteindre tout le temps ni partout une telle dimension, elle caract�rise une culture des �leveurs et du b�tail sp�cifique et commune � toute la cha�ne.

A l� ??autre extr�mit� cette fois du massif, Christine Rendu � propos de la montagne d� ??Enveitg, au Capcir catalan caract�rise ainsi ce mixte entre comportement naturel du b�tail et contraintes humaines sur le m�me territoire (3) : « Entre nature et culture, ce que la pr�sence des troupeaux sur les cr�tes dessine aussi, mais en creux cette fois, c� ??est ce tr�s subtil dosage entre l� ??instinct des b�tes et l� ??autorit� des hommes, qui fonde pr�cis�ment la domestication. Car si le propre d� ??un bon berger, dit-on, est de conduire le troupeau en fonction de « l� ??envie » des b�tes, de savoir, sans les contrarier et avec justesse, � la fois les suivre et les diriger selon les ressources du terrain, de partager en fait une m�me facult� d� ??appr�ciation, au sens gustatif du terme, le propre des b�tes, en �t�, � la montagne, c� ??est de monter. »

Enregistr� en 1973, dans les Pyr�n�es Centrales cette fois, Adrien C., �leveur berger du Couserans ari�geois, d�finissait ainsi cette philosophie � propos des brebis (4) : « Si tu les fais rester par force, elles font comme les prisonniers, elles ne sont pas heureuses ; en semi-libert�, c� ??est l� qu� ??elles sont bien et c� ??est l� qu� ??elles profitent. Nous autres, tu vois, nos brebis sont dans la montagne et alors nous n� ??y sommes pas tout le temps, mais nous y sommes toujours pour les contr�ler. Nous les laissons libres, ou bien nous les mettons o� nous voulons mais sans y �tre toujours apr�s. » D� ??o� la conduite non pas en masse de troupeaux contraints, mais en « escabots », groupes plus ou moins importants dispers�s dans l� ??espace selon une tr�s complexe gestion des b�tes et des milieux, fonction du moment, de l� ??�tat des herbages, des contraintes impos�es par les voisins, des disponibilit�s humaines.

Lors d� ??un r�cent colloque, Francis Ader, vice-pr�sident de l� ??ACAP, d�finissait ainsi le Savoir qui structure cette complexit� : « Pour beaucoup le pastoralisme appara�t comme une pratique de cueillette. Or, il requiert une ma�trise technique aussi pointue que n� ??importe quel autre mode d� ??�levage » (5). En effet, loin de n� ??�tre que reconstruction historique, ce qui est d�j� beaucoup, ces fa�ons de penser et d� ??agir sont un enjeu majeur du pastoralisme pyr�n�en actuel � plusieurs niveaux :

· pour les races ovines autochtones qui sont encore aujourd� ??hui quasiment les seules � occuper �tage interm�diaires et estives. Le BRG (Bureau des ressources g�n�tiques) charg� au niveau national du suivi de ces races note en effet qu� ??elles aussi sont un mixte entre nature et culture. Elles sont n�es « d� ??un long processus d� ??�volution naturelle et du travail patient des agriculteurs et des �leveurs » et doivent continuer � �tre « g�r�es dans leur milieu traditionnel de culture ou d� ??�levage. » (6) Leur capacit� � g�rer l� ??espace dans le syst�me de semi-libert� est centrale dans le processus et doit donc �tre pr�serv�e au m�me titre que leur patrimoine g�n�tique.

· pour le milieu lui-m�me qui est ici le produit de ce que nature permet et de cette tr�s ancienne fa�on souple d� ??y mener le b�tail. Pr�server ces fa�ons, c� ??est aussi pr�server les conditions qui ont cr�� ce milieu.

· la dissociation usage des herbes et propri�t� ou droit sur le sol ouvre d� ??autre part un champ de r�flexion pour penser autrement, dans la continuit� de cette tr�s ancienne caract�ristique du pastoralisme pyr�n�en, les difficult�s actuellement rencontr�es dans la gestion notamment de l� ??�tage interm�diaire o� se superposent des types de propri�t�s diff�rents qui rendent parfois difficile l� ??usage de cet �tage essentiel dans le cycle pastoral annuel.

Comme lors des 1° Rencontres, ces aspects seront abord�s en associant d� ??une part les dimensions historiques, ethnologiques, linguistiques qui permettent de reconstituer l� ??originalit� de ce syst�me pyr�n�en, et d� ??autre part les enjeux actuels qui en sont, sous des formes contemporaines, les continuateurs. De m�me, des sp�cialistes d� ??autres syst�mes pastoraux en France et dans les pays du Sud (Espagne, Afrique), interviendront pour fournir d� ??utiles points de comparaison et enrichir la discussion.

(1) En espagnol facer�as ; au XIV° s., le For G�n�ral de Navarre pr�cise : « Entre les villages « faceras », les troupeaux des uns peuvent p�turer de soleil � soleil sur le territoire des autres et r�ciproquement, et ils rentrent chez eux en m�me temps que le soleil » ; le m�me soleil commandait la dur�e de travail des paysans sur les terres du seigneur : « qu� ??ils soient dans le lieu de ce travail avec le soleil levant, et retournent chez eux avec le soleil couchant. »
Pour se limiter � un ouvrage : Lies & passeries dans les Pyr�n�es, Tarbes, 1986.

(2) Xabier IT� ?AINA, Le gouvernement local dans une commune basque sous le Second Empire. Pr�sentation du manuscrit Berrouet, Lapurdum, Revue d� ??�tudes basques, Num�ro 11 (2006).

(3) Christine RENDU, Fouiller des cabanes de bergers : pour quoi faire ? � ?tudes rurales No. 153/154, Jan. - Juin 2000
La tr�s longue dur�e � ?? EHESS. Paris, p. 151-176.

(4)Bruno BESCHE-COMMENGE, Le savoir des bergers de Casab�de, deux volumes, E.R.A. 352 C.N.R.S, Institut d� ??�tudes m�ridionales, Universit� de Toulouse-Le Mirail, 1977

(5) Francis ADER, Un pastoralisme moderne et dynamique soutenu par les outils de la loi pastorale, pages 37-40, in ouvrage collectif coordonn� par Quentin CHARBONNIER et Thomas ROMAGNY (AFP), Pastoralismes d� ??Europe : Rendez-vous avec la modernit� !, Card�re �diteur, mai 2012.

(6) Charte du BRG, Introduction et page 64 http://www.brg.prd.fr/brg/pages/les_rg_en_france/la_charte_nationale.php

ASPP 65 � ?? 32 rue de la mairie 65400 AYZAC-OST � ?? www.aspp65.com

ADEM � ?? 6 rue Gaston Manent � ?? BP1324 65000 TARBES

Bruno BESCHE-COMMENGE. La compascuit� : vue d� ??ensemble et au jour le jour de 1480 � 1980 - Communication aux 2�me Rencontres des Territoires et des Savoirs

Jean-Fran�ois Le Nail . Le verbal d� ??ex�cution de 1534 ».Communication aux 1�me Rencontres des Territoires et des Savoirs

Th�se dirig�e par Christine Rendu. Les pratiques pastorales d’altitude dans une perspective ethnoarch�ologique. Cabanes, troupeaux et territoires pastoraux pyr�n�ens de la pr�histoire � nos jours. par M�lanie Le Cou�dic

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